L’évasion prend de plus en plus de formes différentes dans le monde du jeu vidéo. Square Glade Games a imaginé la sienne sous la forme d’un road trip relaxant à bord d’un van dans sa toute nouvelle production, Outbound.
C’était l’une des trends les plus populaires de la fin des années 2010 sur les réseaux sociaux : la “vanlife”, ou l’escapade en caravane. Symbole de l’évasion, de la déconnexion et du retour à la nature, elle a visiblement inspiré la petite équipe de Square Glade Games, qui en a fait un jeu à part entière. Outbound est la promesse d’un road trip cosy, associant exploration et construction de base dans un monde ouvert. Si l’expérience se veut sincèrement douce et reposante, n’aurait-elle pas mérité de roder encore un peu le moteur pour ne pas endormir le joueur dès sa sortie, le 11 mai sur PC, puis le 14 mai sur consoles ? Nous avons pu tester la version PC sur Steam Deck, nous faisons le point dans notre test d’Outbound.
Une aventure à construire soi-même
Qui n’a jamais rêvé de partir en road trip à travers des paysages naturels, loin de la ville et de la foule ? À défaut de le faire dans la vraie vie, Outbound offre une alternative virtuelle à cette envie d’ailleurs. Nous plaçant au volant d’un van pour partir explorer un monde abandonné, Square Glade fait de nous le capitaine de notre voyage, qu’il est aussi possible de vivre à plusieurs en coop en ligne. Malheureusement, nous n’avons pas eu l’occasion de tester l’expérience à plusieurs, alors on en a fait le tour en solo.
Nous lâchant dans la nature sans réel contexte, Outbound prend le concept de « bac à sable » au pied de la lettre. Ici, pas vraiment d’histoire, seulement quelques indices çà et là sur le déplacement de la population vers un ailleurs inconnu. Dès lors, à moins de jouer en multi jusqu’à 4, on est totalement seul dans cet univers. De même, à l’exception du fidèle chien prompt à nous donner un coup de patte, les animaux sont visiblement en voie de disparition. À part quelques insectes, lapins et oiseaux, la faute à un maigre spectacle. En fait, on n’a pas d’écosystème dans lequel s’immerger à proprement parler, ce qui est plutôt étonnant quand on prône un esprit “van life” proche de la nature.
En fin de compte, Outbound nous fait traverser un enchaînement de cartes postales rythmé par la course du soleil jusqu’à la nuit tombée, entre journées ensoleillées ou pluvieuses. Malgré l’évasion offerte par ces paysages, la sensation de calme censée nous envahir laisse finalement place à un léger malaise. Surtout que si notre personnage lâche quelques répliques pour réagir à l’environnement ou nous donner une indication sur un objectif à remplir, ce sont toujours les mêmes. En fin de compte, on se retrouve avec un avatar qui parle tout seul dans un monde que tout le monde a délaissé. La définition même de la solitude en jeu.
Après ce constat, il ne nous reste plus qu’à retrousser nos manches et à mettre le pied au plancher à bord de notre van. Nous voilà libres, dans une map qui en cache en réalité plusieurs autres. La curiosité d’aller plus loin et de découvrir les secrets des différentes zones guide alors notre route, à notre rythme. On ramasse des ressources pour assurer notre vie et développer notre confort en chemin. Bois, minéraux, métal… et même des déchets qu’on va pouvoir recycler. Le sous-texte écologique d’Outbound est vite une évidence, l’auto-suffisance étant le maître-mot de l’expérience. La dynamique colle totalement à l’esprit “vanlife” du jeu et ce n’est pas pour nous déplaire. En fait, c’est plutôt dans la pratique que le jeu nous laisse sur notre faim.

Outbound mise sur un gameplay très (trop) épuré
Quand on parle de jeux cosy, une dichotomie s’installe très vite. D’un côté, il y a les titres qui s’abordent sans aucune pression, misant sur la relaxation totale, comme Tiny Glade en 2024. De l’autre, ceux qui, malgré leur ambiance réconfortante, peuvent inciter à se donner à fond pour optimiser ses performances, comme Stardew Valley. Avec Outbound, on ne sait pas très bien sur quel pied danser. Square Glade semble vouloir ranger dans la première catégorie et, en même temps, il cherche à diversifier l’expérience sans aller au bout de ses idées.

Présenté parfois comme un jeu de survie, Outbound est en réalité un jeu de construction de base qu’autre chose. Pour résumer, il ne faut donc pas s’attendre à un Valheim en van. Même si on doit bien prendre soin de notre personnage, ses besoins restent superficiels : on mange pour compenser sa faim, on dort pour qu’il retrouve de l’énergie et si éventuellement il se blesse, un peu de gingembre ou une nuit de sommeil suffisent à remplir sa barre de vie. Sur une journée qui dure une douzaine de minutes IRL, qu’importe finalement si on est repu. La faim nous gagne bien un petit plus à chaque tâche, mais pas suffisamment pour devenir un véritable enjeu du gameplay. Un simple rééquilibrage des besoins journaliers serait pourtant tellement pertinent pour stimuler cette aventure assez peu palpitante.
Faute de contraintes dans notre recherche de ressources, on se prend à ramasser tout ce qui passe et à remplir la réserve de notre van. Il ne reste plus qu’à trouver un usage à tout ce qu’on trouve. Outils, décorations, équipement pour le van… le besoin d’abord, puis l’envie de débloquer un peu tout ce qui est possible donne un certain objectif dans cette expédition libre. Autant certains accessoires sont indispensables afin d’accéder à de nouvelles zones de la carte, autant d’autres sont purement esthétiques.
Chacun trouvera alors ce qui le motivera le plus dans l’expérience : construire un camp à son image à partir de son véhicule, qui se transforme alors en cabane mobile, ou plus simplement se laisser aller à l’exploration en allant toujours plus loin et en cherchant tous les secrets cachés dans le jeu, notamment les collectibles à ramasser. Ou tout ça à la fois. Ce sentiment de liberté fait naître des moments sincèrement exaltants. Un bon point sur le papier, qui se frotte quand même aux limites de l’open world d’Outbound.

Quelques obstacles en chemin pour le monde ouvert d’Outbound
Au premier abord, Square Glade a la bonne idée d’imposer un rythme à notre progression dans Outbound. Tout ne nous tombe pas tout cuit dans le bec. Sur notre route, on croise des tours de téléchargement qui donnent des plans de fabrication pour tous ces outils et autres éléments pour compléter notre van. Chaque tour ne donnant qu’un plan à la fois, à nous de continuer notre route jusqu’à la prochaine pour débloquer de nouvelles choses en jeu. Ce faisant, le studio parvient à motiver intelligemment notre route. Plutôt que de tourner en rond dans Outbound, même si on peut apprécier l’exploration pour elle seule, on a au moins un objectif qui nous guide concrètement, en plus des points d’intérêts, soit des zones particulières, à découvrir.
En revanche, pour y aller, c’est une autre affaire. La conduite en elle-même est basique, un poil lente, mais pas foncièrement désagréable. Par contre, Square Glade n’a pas jugé bon d’incorporer un GPS au jeu, à l’exception d’une boussole en haut de l’écran. Comme quoi, on peut télécharger des plans, mais pas disposer d’une mini-map. Pourtant, ça aurait été tellement plus confortable pour nous guider, plutôt que de devoir ouvrir le menu de la carte tous les 100 mètres pour être sûr de se diriger dans la bonne direction.
C’est là qu’on se dit que jouer à deux doit apporter un plus, au moins pour avoir un copilote. Sans compter que si on peut au moins suivre un point d’intérêt via la boussole, ce n’est pas le cas pour tous les éléments que celle-ci regroupe. On ne peut pas non plus la personnaliser avec nos propres marqueurs. Zelda Breath of the Wild et tant d’autres ont pourtant montré combien c’était bénéfique de pouvoir s’approprier la map et même simplement utile pour se repérer.

Qu’à cela ne tienne, Outbound nous force finalement à nous familiariser avec notre environnement. On se rend vite compte que la carte, ou plutôt “les” cartes, du jeu sont toutes thématiques et se décomposent elles-mêmes en plusieurs biomes avec leurs ressources plus ou moins propres. On apprend alors à repérer la direction des champs au sortir des bois, ou encore à se souvenir qu’on trouvera une autre forêt après la plage. De ce point de vue, l’exploration est un vrai délice. Surtout quand on traverse certains lieux atypiques ou tout simplement qu’on repasse à un même endroit à plusieurs moments de la journée, le redécouvrant sous une nouvelle lumière.
En revanche, la satisfaction de la découverte finit par être rompue au bout de quelques heures par la manière dont Square Glade a conçu la progression dans son univers. Car si Outbound propose un roadtrip en monde ouvert, toutes les maps ne sont pas accessibles d’emblée et certains passages dans une même zone nécessitent quelques améliorations du véhicule ou de nos outils au préalable. Sur le papier, ça pourrait être une bonne idée. Mais c’est là que le jeu commence à tremper dans le besoin de performance et d’optimisation, sans vraiment plonger dedans.

On troque alors le sentiment d’explorer librement contre une corvée de ramassage de ressources. À bord de notre bon vieux véhicule, on fait des allers-retours pour trouver telle variété de bois ou de fibre. On attend aussi que la nuit passe pour qu’elles se renouvellent. On traverse la carte, sur laquelle on ne peut même pas s’aider d’anotations, à la recherche de tours pour espérer débloquer le plan de fabrication qui nous manquerait, et ainsi de suite.
Autant, on peut être amené à créer des raccourcis en réparant des ponts par exemple, autant le fait de se retrouver coincé une heure ou plus au sein d’une même zone dans laquelle on n’a plus rien de nouveau à découvrir, simplement pour récolter quelques morceaux de bois supplémentaires pour accéder à la zone suivante. En cherchant à cadrer notre progression dans Outbound, Square Glade déploie un monde finalement pas si ouvert et dont le manque d’activités saute violemment aux yeux. Et nos yeux, c’est peut-être tout ce qu’il nous reste pour apprécier le jeu.
Un jeu cosy peu rempli mais très joli
Faute d’avoir énormément de choses à proposer, Outbound mise entièrement sur son ambiance. L’épure du gameplay se retrouve aussi dans sa direction artistique. Le studio ne cherche absolument pas le réalisme, étalant sous nos yeux un univers cartoon, coloré et harmonieux. Chaque biome a ses teintes propres, sa végétation et ses reliefs. Qu’on se balade à pied ou en voiture, les décors sont tous reposants. On le disait juste avant, de vraies cartes postales à visiter. Le cycle jour/nuit rend aussi chaque zone agréable à redécouvrir, redessinant l’ambiance selon le moment de la journée.
En plus, Square Glade a travaillé l’ambiance sonore pour nous immerger pleinement dans son univers. Outbound laisse entendre de temps en temps des thèmes musicaux. Bien qu’il manque de diversité, les mêmes musiques se répétant à certains moments de la journée, on peut au moins souligner qu’elles collent parfaitement à l’esthétique cosy. Mais là où le studio brille le plus à l’oreille, c’est par son sound design. Il a accordé une attention particulière aux sonorités de la nature, notamment les chants d’oiseaux et la pluie. Il nous suffit de fermer les yeux pour avoir l’impression de vraiment nous promener dehors, c’est tout ce qu’il nous fallait.
Enfin, Outbound s’en sort correctement en termes de performances. Tournant entre les 30 et 45 FPS sur Steam Deck, il a des chances d’être plus fluide directement sur PC et certaines consoles. Au cours de notre partie, on a pu constater quelques baisses de framerate ponctuelles et très courtes. De même, si le jeu présente une bonne distance d’affichage pour les décors au loin, ça n’empêche pas le clipping de certaines végétations ou de ressources quand on s’approche. Là aussi, l’expérience dépendra certainement du support de jeu. Cependant, on espère que le studio aura pensé à traduire les rares textes encore en anglais dans la version française et, surtout, réglé les quelques bugs d’interaction qui nous ont parfois demandé de relancer notre partie.

